Le grand feu du 19 mai 1870

En 1870, la colonisation de la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean est assez récente, elle date de 1838 pour le Saguenay et de 1849 pour le Lac-Saint-Jean. Elle est principalement marquée par l’agriculture et la coupe du bois, qui enclavent alors profondément la structuration de l’économie régionale.

Au milieu du 19e siècle, le Lac-Saint-Jean est au cœur de la propagande « agriculturiste » québécoise avec des slogans tels que « Emparons-nous du sol » ou le « Grenier de la province de Québec ».  Encourageant ainsi une colonisation accélérée des riches terres agricole autour du lac Saint-Jean.

 

À quoi ressemble alors le Saguenay—Lac-Saint-Jean? Composée d’une population homogène, elle compte sur une agriculture de subsistance, qui se fait au rythme des saisons, pour survivre dans « ce pays neuf ». Le colonisateur de l’époque se retrouve majoritairement dans le Bas-Saguenay (Saint-Fulgence, L’Anse-Saint-Jean et Petit-Saguenay) et autour de Grande-Baie et de Chicoutimi (Saint-Alexis, Bagotville, Laterrière, Saint-François-Xavier, Saint-Anne, Saint-Dominique et les cantons Simard et Tremblay). Du côté du Lac-Saint-Jean, la colonisation occupe principalement les terres situées à l’ouest du lac (Hébertville, Saint-Gédéon, Saint-Jérôme, Chambord, Roberval, Saint-Prime et Saint-Félicien).

 

Souvent responsable d’une famille nombreuse, le colonisateur des années 1860 doit également s’adapter aux aléas de son quotidien, particulièrement aux nuées de moustiques et aux nombreuses difficultés pour se nourrir. C’est dans ce contexte pionnier qu’a lieu le grand feu de 1870. Cette année-là, le printemps est hâtif et la sècheresse gagne rapidement une grande partie du territoire. Même les semailles sont faites presque partout!

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Gravure publiée dans L’Opinion Publique du 30 juin 1870

Au matin du 19 mai, plusieurs colons constatent qu’une « pluie de soufre » s’est abattue sur le sol. Selon les témoins de l’époque, une odeur de soufre d’allumette monte au nez lorsque l’on marche dessus et recouvre d’une couleur jaune la terre des champs. Est-ce que cette pluie de cendre provient d’un brasier plus au nord du lac Saint-Jean ? Nous n’en savons pas plus! L’histoire officielle nous rapporte que le 19 mai, plusieurs colons font des feux d’abatis, quand le vent se lève et transforme en quelques heures la région en un vaste brasier.

 

Partit le matin de la colonie de la Rivière-à-l’Ours (Saint-Félicien), le feu s’arrête en après-midi dans les environs de la Grande-Baie, ayant épargné « miraculeusement » le village de Chicoutimi. Après l’incendie, le tiers de la population du Lac-Saint-Jean et du Saguenay est réduit à l’indigence. Les pertes sont énormes : sept décès, 555 familles ruinées, 30 ponts détruits, de même que quatre moulins et 28 000 billots, propriété de la compagnie Price. Les dégâts, évalués à plus de 100 000 $, sont considérables et une campagne pour secourir les sinistrés est immédiatement organisée sous la responsabilité du député Pierre-Alexis Tremblay. Difficile à calculer, on estime que 45 000 $ en argent et 80 000 $ en biens ont été acheminés dans la région durant l’été 1870.

 

Le grand feu de 1870, une des plus importantes tragédies de l’histoire du Saguenay—Lac-Saint-Jean, n’a pas seulement eu que des effets négatifs, il demeure l’un des facteurs essentiels pour la colonisation du Lac-Saint-Jean durant les décennies 1870 et 1880. En brûlant des pans entiers de la forêt, il contribue à fertiliser la terre à cultiver tout en accélérant la tâche ingrate du défrichement. De son côté, la production de bleuets va connaître après le feu de 1870, une augmentation importante.

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Le territoire colonisé du Saguenay—Lac-Saint-Jean en 1851
Culture et patrimoine Histoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean

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