La fourrure pour la chaleur, la beauté et l’environnement !

BILODEAU Canada – ÉCONOMUSÉE du Pelletier-Bottier et de la taxidermie

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Aux yeux de Mario Bilodeau, qui baigne dans l’univers de la fourrure, de la taxidermie, des animaux et de la forêt depuis l’âge de 8 ans, il est clair comme de l’eau de roche qu’il n’existe rien de plus écologique que la fourrure pour habiller les humains. Surtout quand, comme lui, on transforme ce produit noble avec un obsessif respect de la nature et de l’environnement. Voilà dès le départ un statut que ne pourront accepter certains animalistes ou certains urbains parfois guidés par le sentimentalisme ou l’anthropomorphisme. Ce sont ceux-là que Mario Bilodeau préfèrent tant ce verbomoteur, grand passionné et infatigable défenseur de la cause, a un discours ancré dans le réel.

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Nous sommes à Normandin! Presqu’aux confins du Lac-Saint-Jean ! Au milieu de cette « Friche » ou de cette « Savane » qu’on appelle le « Pays de Maria-Chapdelaine » et où, depuis des temps immémoriaux, Innus et Québécois ont vécu en parfaite osmose avec la nature : chassant, trappant, pêchant et utilisant scrupuleusement tout ce que la faune leur donnait. Ils y ont aussi appris progressivement une science qu’ils maîtrisent maintenant et qui consiste à gérer le territoire avec sagesse, rigueur et prévoyance afin qu’aucune espèce animale n’y connaisse la menace de disparaître ou le risque de se retrouver en surabondance. C’est dans cette culture que Mario Bilodeau s’est intéressé à la taxidermie dès l’enfance, avec son père comme mentor et son grand-père comme modèle.
Aujourd’hui, il est à la tête de la plus importante entreprise de transformation de fourrure au Québec, qui existe depuis plus de 30 ans. Il fait des affaires dans plus de 15 pays. Il donne du travail à presqu’une centaine de personnes dans sa communauté. Il a ouvert un économusée ou il accueille des centaines de touristes médusés par la qualité de son travail et fascinés d’apprendre pourquoi l’utilisation de la fourrure, une ressource naturelle et renouvelable, est une bénédiction pour l’environnement. De plus, lui et son associé Marcel Laplante ont ajouté au lexique du Québec Inc un nom qui ne cesse de susciter la fierté : Bilodeau Canada !

Pourquoi la fourrure ?
« D’abord parce que c’est ce qu’il y a de plus chaud, » clame Mario Bilodeau. « Ensuite parce que c’est non-polluant. Plus encore si on compare avec la plupart des vêtements de plein air qui sont faits de tissus et matériaux synthétiques produits à partir du pétrole. Autant de matériaux qui prendront une éternité à se dégrader en hypothéquant l’environnement. » Et encore plus écologique lorsque, comme chez Bilodeau, on s’ingénie à ne rien gaspiller et à ne rien perdre de l’animal, trouvant des débouchés et des utilisations à chaque composante. Même les matières qui servent au traitement de la fourrure sont récupérées et recyclées. On fait des chandails avec les poils laineux des coyotes. Des patchworks ou des mitaines avec les retailles des fourrures. Du savon avec les graisses. On nourrit les chiens de traîneau avec les viandes et les fermiers se servent de la sciure de bois comme paillis entre autres…

 

Le traitement des peaux

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Il faut 44 opérations pour en arriver au produit fini en fourrure comme une botte par exemple. La botte étant de loin le plus important item du catalogue en termes de quantité produite et de popularité. Les fameuses bottes en peau de vache et celles vraiment superbes en peau de phoque sont les préférées de la clientèle féminine motoneigiste principalement.

« Tout débute par l’écorchage de la bête, » explique Mario Bilodeau, « puisqu’il nous arrive souvent de recevoir certains animaux entiers contrairement aux peaux trappées qui arrivent nettoyées et séchées comme au temps où la fourrure était le moteur de l’économie de la Nouvelle-France. » L’entreprise achète naturellement des milliers de peaux des trappeurs et chasseurs Autochtones, Inuits et Blancs de partout au Canada et aux USA, dans les encans ou directement des producteurs. Les peaux d’animaux exotiques, utilisées en taxidermie, proviennent de zoos qui trouvent ainsi à disposer écologiquement des dépouilles des animaux morts.
Après l’écorchage, on passe à l’étape délicate du dégraissage de la peau brute et de son apprêtage. Puisque, dans le cas de la fourrure, contrairement au cuir, on parle d’apprêtage et non de tannage. C’est à cette étape que l’on décide si les peaux iront à la taxidermie ou la production de bottes, mitaines, chapeaux, gants, manteaux ou l’un des 400 accessoires fabriqués par Bilodeau.

Pour apprêter les peaux qui sont sèches, on les met d’abord à l’eau afin de leur rendre leurs propriétés naturelles. « On la fait reverdir, » dirait Mario Bilodeau. Elle est ensuite nettoyée, on la dégraisse manuellement et on enlève aussi le surplus de cuir, puisque la peau n’a pas la même épaisseur sur toute sa surface, assurant ainsi sa légèreté et sa souplesse. Curieusement, après ces opérations, on rengraisse les peaux et on leur fait absorber les huiles par un procédé mécanique avant de les nettoyer à nouveau, enlevant les surplus de gras en les faisant tourner dans des cuves de bois remplis de sciure d’érable.
Arrivent ensuite les nombreuses étapes de confection ou couturières et artisans procéderont au découpage, au peignage, à la couture, à la fabrication et au montage des semelles, doublures et des matériaux isolants puis aux opérations de finition. Il se passera dix jours entre la première phase de l’apprêtage et le moment ou la peau sera prête à travailler.

La taxidermie
En ce qui a trait au volet taxidermie, on est d’abord surpris par l’importance de cette activité pour l’entreprise puis par la qualité ahurissante du travail des artisans qui arrive à rendre aux animaux naturalisés des expressions et des attitudes incroyablement réalistes. Naïvement, je pensais qu’en taxidermie, on reconstituait les animaux à partir du squelette et de bourrures quelconques. Ce qui n’est pas le cas. On sculpte plutôt les formes en styromousse et on colle les peaux dessus. Cette technique est même appliquée aux poissons. La finition est l’œuvre de véritables artistes qui rendent aux animaux

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l’apparence renversante de la vie et de l’action dans l’immobilité.

L’Économusée
L’économusée, par définition, propose de découvrir une création artisanale dans le contexte physique de sa production, chez l’artisan. Cela se traduit chez Bilodeau par la possibilité d’admirer une collection impressionnante d’animaux naturalisés qui n’ont rien à voir avec ces bêtes « empaillées » et poussiéreuses qu’on voyait autrefois dans les musées. On découvre ensuite in situ tous les procédés de fabrication en voyant les créateurs à l’œuvre et en pouvant interagir avec ces gens accueillants et heureux d’expliquer ce qu’ils font avec tant d’adresse. Il faut de 60 à 90 minutes pour faire le tour et passer à la salle de montre ou sont étalés toutes les créations signées Bilodeau. Difficile de résister !

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