Un vent de renouveau souffle sur Val-Jalbert

 

Un vent de renouveau souffle sur Val-Jalbert
Avant que la saison touristique ne débute vraiment, le Village historique de Val-Jalbert est un vaste chantier où l’on met la dernière main à une multitude de nouveautés, de rénovations et d’aménagements du terrain. Même les fantômes ne s’y reconnaîtront plus.


On ne sait plus où donner de la tête tellement tout bouge partout sur le site de Val-Jalbert. Déjà, le moulin de pulpe a été restauré de façon radicale. Son aspect extérieur s’est transformé mais c’est surtout l’intérieur qui est devenu une salle vaste et claire qui accueillera des activités d’interprétation dans une seconde phase. Les anciens équipements industriels, autrefois abandonnés à l’air libre, ont retrouvé un toit, ont été nettoyés et peuvent être admirés à nouveau.

Du moulin, on accède au belvédère tout neuf qui nous fait littéralement plonger dans la chute tant il en est près. Son plancher transparent nous suspend au milieu de la course de la chute et du fracas de l’eau. Le plus incroyable c’est que, peu importe où l’on se place devant la chute, on n’arrive pas à apercevoir le moindre petit bout de belvédère. On a parfaitement réussi à respecter l’intégrité de ce précieux paysage emblématique. Plus haut, le téléphérique amène au départ d’une promenade nouvellement construite qui mène à un point de vue spectaculaire sur la chute Maligne.
Ailleurs, à l’accueil et dans le secteur du magasin général, c’est toute la configuration du site qui a été repensée. Le nouveau centre d’accueil s’avère très impressionnant. C’est là que les visiteurs passeront de l’ère actuelle à 1920, époque que le village historique va fixer dans le temps et revivre par son décor, ses personnages colorés et leurs nombreuses animations. L’hébergement sur les lieux prendra beaucoup d’importance dans le quartier du couvent et du magasin général. Ce dernier se transforme aussi en auberge alors que les maisons qui lui font face ont également été réaménagées avec originalité et audace. Dans les chambres, le blanc domine sur les murs de lattes de bois, comme à l’époque, alors que les têtes de lit en bois de grange offrent un contraste étonnant. Pas de compromis sur le confort toutefois, avec des salles de bain d’inspiration italienne dotées de planchers chauffants. Tout devrait être fin prêt début juillet.

Quant au camping, c’est un de mes préférés toute catégorie. On vient d’y ajouter une très belle piscine d’ailleurs.  Pour un camping de moins de 200 places, il est immense. J’aime m’y réfugier sur des emplacements voisins du ruisseau Ouellet (je m’y sens en famille) et de la rivière Ouiatchouan dont le canyon impétueux me rappelle Anticosti.
D’autre part, j’apprécie le fait qu’on offre de plus en plus de circuits et de possibilités aux marcheurs sur le site. On a même retapé l’escalier de la chute et rendu accessible le pied de la chute du côté camping. Les cyclistes qui fréquentent la Véloroute trouveront aussi de plus en plus de services à Val-Jalbert.

Un siècle de souvenirs
Il y a maintenant un siècle, Edmond Vallée attelait sa jument noire à sa carriole rutilante pour conduire son épouse, Rosana Rochon, au grand déjeuner champêtre qui marquait l’ouverture de la nouvelle pulperie de Ouiatchouan.
À cette époque, Edmond et l’ensemble des travailleurs de ce village champignon avaient toutes les raisons de croire que leur petite communauté riveraine du lac Saint-Jean était promise au destin le plus prometteur. Déjà, on pouvait se vanter de vivre dans une municipalité hyper moderne qui profitait de l’aqueduc et de l’électricité. Au couvent, les sœurs étaient prêtes à dispenser une solide éducation à la relève ouvrière. Chacun disposait d’une maison coquette alignée le long d’une rue bien rectiligne, sortie tout droit d’un plan d’urbanisme. Le train, déjà arrivé à Roberval depuis quelques années, reliait l’usine au reste du monde. On trouvait ici tout ce qui définit le concept moderne de « qualité de vie » ainsi qu’une volonté farouche de s’imposer dans la nouvelle ère industrielle, une ambition personnifiée par la statue de Saint-Georges terrifiant le dragon qui se trouve encore devant les fondations de l’église. Pas de raison, conséquemment, que le nom de Val-Jalbert ne côtoie dans 100 ans ceux des grandes capitales industrielles du continent !
Mais, les visés du destin étant impénétrables, tel ne fut pas le cas. « L’exemple de Val-Jalbert, au Lac-Saint-Jean, est un des plus spectaculaires ratés qu’a connus le développement industriel de type capitaliste pratiqué au début du siècle dans les régions du Québec. » C’est du moins la perception de la dramaturge et romancière Marie Laberge dans sa pièce « Ils étaient venus pour… » qui relate la fin tragique de l’épopée industrielle de Val-Jalbert.

Un siècle d’histoire
C’est donc au tournant du XXe siècle que Damase Jalbert, un marchand provenant de la municipalité « voisine » de Lac-Bouchette, fonde la Compagnie de Pulpe Ouiatchouan et aménage une usine de pâte de papier au pied d’une chute d’eau éblouissante, haute de 72 mètres (21 m de plus que le Niagara). Il n’aura cependant pas le temps de jouir de son initiative puisqu’il meurt dès 1904. L’entreprise passe alors aux mains de J.-É.-A. Dubuc et de la Compagnie de pulpe de Chicoutimi (La Pulperie). Sous l’impulsion de cet homme d’affaires flamboyant, seul industriel francophone de son temps à avoir percé la domination anglophone, Val-Jalbert connaît une croissance rapide.

Cela n’empêche pas le marché de la pulpe de bois de s’écrouler à la veille de la Crise économique de 1929. L’usine ferme ses portes en 1927. Le village se vide alors peu à peu et est finalement abandonné à la nature qui y reprend rapidement ses droits. Jusque dans les années 1960, Val-Jalbert demeure une curiosité pour la population locale et pour les enfants des environs qui vont y jouer. Mais, à partir de 1987, le village s’anime à nouveau jusqu’à devenir l’un des attraits touristiques majeurs au Saguenay—Lac-Saint-Jean. Officiellement classé site historique depuis 1996, le « Village historique de Val-Jalbert » fait maintenant l’objet d’une gestion partagée entre « le milieu » et la Société des établissements de plein air du Québec. Les visiteurs s’y promènent à pied ou en trolley bus dans des rues bordées de maisons écroulées sous le poids des ans et de la neige ou rénovées avec beaucoup d’authenticité, dans une ambiance et devant des panoramas aussi insaisissables que les fantômes qui errent sans répit…

Sur place
Pour bien prendre le temps de s’imprégner de l’ambiance unique de Val-Jalbert, rien de mieux que de séjourner sur place. On peut carrément loger dans une des anciennes maisons restaurées, à l’auberge, au camping ou dans des chalets. On trouve effectivement ici un superbe camping aménagé dans un milieu naturel extraordinaire. Pas de plage mais un point de vue spectaculaire sur le lac Saint-Jean pour les motorisés et la proximité de deux rivières magnifiques pour les campeurs qui n’ont pas besoin de tous les services. Les rivières Ouiatchouan et Ouellet coulent dans des petits canyons enchanteurs et très particuliers du point de vue géologique. Y installer sa tente et sa chaise pliante nous rapproche définitivement du bonheur. Un court sentier de marche et des belvédères nous invite aussi à en apprécier les beautés.
Tout au bout du terrain de camping, un sentier de randonnée pédestre conduit jusqu’à Lac-Bouchette en quelques jours. En une heure, il vous mènera au-dessus de la première chute de la rivière Ouiatchouan pour un pique-nique inoubliable. Sur le chemin, on découvre la caverne du Trou de Philomène où la mauvaise fille du village entreposait la bagosse à l’époque de la prohibition selon la légende.
Marcheurs, pourquoi ne pas monter les marches jusqu’au sommet de la chute Ouiatchouan plutôt que de prendre le téléphérique ? Il faut aussi se promener sur le site très tôt le matin ou à la brunante pour en saisir toute la magie. Longer l’ancienne voie ferrée où les bouleaux poussent entre les rails. Je me souviens avoir visité en pleine nuit le cimetière, situé avant l’entrée du site, avec ma fille qui était enfant. Elle ne l’oubliera jamais. Amateurs de mycologie, gardez les yeux bien ouverts durant vos balades.
La fameuse Véloroute des Bleuets passe aussi par Val-Jalbert, ce qui signifie qu’on s’y rend facilement à vélo. Le village fantôme se trouve même en plein centre de la section de loin la plus intéressante du circuit cyclable, ce qui fait que l’on peut y rouler en longeant le lac vers Alma un jour puis vers Roberval et Saint-Félicien le lendemain. Le bout de piste entre Val-Jalbert et Roberval est également devenu le paradis des amateurs de rollerblade.
Finalement, Val-Jalbert est positionné à peu de distance d’un bon nombre de sites touristiques incontournables dont le Zoo sauvage de Saint-Félicien, le Centre d’histoire et d’archéologique de la Métabetchouane, Mashteuiatsh, la fromagerie Perron de Saint-Prime, le Moulin des Pionniers de La Doré, le Trou de la Fée de Desbiens, l’Ermitage Saint-Antoine de Lac-Bouchette, et à deux pas du gigantesque lac Saint-Jean, redevenu la Mecque de la pêche à l’Ouananiche. Voilà pourquoi Val-Jalbert mérite plus que les quelques heures qu’on lui accorde trop souvent…

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3 commentaires Ajoutez le votre

  1. Nicole Gauthier dit :

    C’est magnifique de vous suivre puisque nous projettons faire le trajet au courant du mois d’août.
    Nous avons bien hâte de découvrir physiquement tous ces beaux paysages.

    1. Yves Ouellet dit :

      Vous ne serez pas déçue Nicole.Merci de votre intérêt et continuez de suivre la Grande virée à vélo la semaine prochaine.

  2. Virginie dit :

    De retour de notre week end à Val-Jalbert 🙂 Visite du Village et dodo au pied des rapides de la rivière Ouiatchouan. Dommage que les aménagements du sentier ne permettent plus l’accès Trou à Philomène!

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